La psychanalyse de la création littéraire selon Freud

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En 1908, dans un essai intitulé "Le créateur littéraire et le rêve éveillé", le célèbre psychanalyste Sigmund Freud explore la création littéraire et le rêve éveillé en examinant les processus psychiques à l'œuvre chez l'auteur, les éléments déclencheurs d'une émotion intense face à une œuvre littéraire, ainsi que la curiosité des profanes quant à l'origine des thèmes abordés par l'auteur et la manière dont ce dernier parvient à nous émouvoir si profondément, en suscitant des émotions enfouies que nous ne soupçonnions pas en nous et en établissant un lien entre la réalité et l'imaginaire.

La comparaison entre la création littéraire et le jeu des enfants

Freud compare la création littéraire au jeu des enfants, soutenant que l'homme ne cesse jamais vraiment de jouer et que ses souvenirs d'enfance l'ont marqué au point de vouloir retrouver cet état connu. En analysant ce qui provoque de telles émotions et ce qui stimule la créativité, Freud repère chez l'enfant les premières manifestations de ce qu'il nomme l'activité poétique.

D'après Freud, l'enfant qui joue agit en poète en concevant son propre monde, en transposant des éléments du monde réel dans un nouvel univers qui lui convient. L'enfant transforme sa réalité et l'adapte à travers le jeu, qu'il prend très au sérieux. Freud affirme que "l'opposé du jeu n'est pas le sérieux, mais la réalité". En effet, l'enfant, tout comme le poète, investit beaucoup d'affects dans ses jeux et se trouve dans un état de rêve éveillé.

Le rôle de l'imaginaire et du fantasme dans la création littéraire

Pour Freud, le poète agit comme l'enfant qui joue en créant un monde imaginaire qu'il prend très au sérieux, investissant beaucoup d'affects tout en distinguant le jeu de la réalité, et grâce à sa créativité, son talent et sa sensibilité, le poète ou le créateur littéraire parvient à nous toucher profondément, son imaginaire nous faisant ressentir des affects et des émotions intenses qui réveillent en nous des souvenirs du passé, des désirs enfouis et des aspirations secrètes, nous permettant ainsi de nous évader, de nous interroger et de nous enrichir spirituellement.
Le poète nous émeut grâce à une technique particulière, la technique artistique, et une forme spécifique, l'esthétique. Il sait comment toucher une part de nous pour nous émouvoir, sans nous choquer même dans des créations les plus fantaisistes

De la même manière, certains adoptent l'humour, qui est, selon Freud, une substitution du jeu qui met à distance la réalité pour l'adoucir. C'est pourquoi, en créant et en utilisant l'art et l'esthétique, les poètes peuvent continuer à rêver, à nous faire rêver et à jouer sans devoir se cacher.

Freud soutient que l'homme heureux n'a pas de fantasmes, seuls les insatisfaits en créent, ce qui les pousse à l'imaginaire. Selon lui, "les désirs non satisfaits sont les promoteurs des fantasmes, tout fantasme étant la réalisation d'un désir. Le fantasme vient corriger la réalité, qui ne donne pas satisfaction." Pour Freud, le fantasme est le premier "échelon psychique des symptômes de souffrance". Si les fantasmes concernent tout le monde, ils peuvent devenir pathologiques lorsqu'ils sont trop prégnants, voire problématiques lorsque la personne n'est plus en phase avec la réalité. 

Toujours est-il que les fantasmes, ces rêveries étranges et enivrantes qui peuplent l'esprit du poète, sont pour lui d'inépuisables sources d'inspiration, le poussant à explorer les confins de l'imaginaire et à transcender les limites du réel pour donner vie à des œuvres empreintes de beauté et de profondeur.
Certains fantasmes, qu'ils soient d'ordre sexuel, romantique ou même politique, proviennent de mythes ancestraux, de légendes populaires ou de désirs profondément enracinés dans l'imaginaire collectif et l'histoire de nations entières, reflétant ainsi leurs aspirations, leurs peurs et leurs rêves les plus intimes.


 Dans les personnages inventés par les poètes, Freud voit toutes les personnalités du Moi, le héros scindant son moi en Moi partiels. Le poète parvient à nous séduire par sa technique et son esthétique, qui procurent, selon Freud, "un plaisir préliminaire et une jouissance supérieure émanant de sources psychiques profondes."

Citation Freud

Chaque homme recèle un poète, et le dernier poète ne mourra qu'avec le dernier homme.

 


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