Pourquoi certaines personnes mentent sans relâche / Lecture psychanalytique

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Quand le mensonge devient une manière de se protéger

Il y a les petits mensonges que nous pouvons tous faire. Pour éviter une discussion, ne pas inquiéter quelqu’un, cacher une erreur ou simplement parce que nous avons honte.

Et puis il y a des situations beaucoup plus déroutantes.

Certaines personnes mentent régulièrement, sur des choses importantes, mais parfois aussi sur des détails qui semblent sans intérêt. Lorsqu’on leur montre que ce qu’elles racontent ne correspond pas à la réalité, elles peuvent nier, modifier leur histoire ou en construire une nouvelle.

Pour leur entourage, une question revient souvent :

« Pourquoi mentir alors qu’il n’y avait même pas besoin de le faire ? »

Il n’existe pas une seule réponse. C’est justement ce qui mérite d’être compris.

Quand mentir devient une habitude

Lorsqu’un mensonge se répète, on peut être tenté de penser que la personne cherche simplement à manipuler les autres.

Cela existe évidemment. Mais ce n’est pas la seule possibilité.

Pour certaines personnes, mentir est devenu une manière de se protéger. Elles peuvent chercher à éviter le jugement, à ne pas montrer une fragilité ou à préserver l’image qu’elles souhaitent donner d’elles-mêmes.

La vérité devient alors difficile à supporter parce qu’elle risque de révéler quelque chose qu’elles préféreraient cacher.

Cela peut être une erreur, un échec, une dépendance, mais aussi simplement le sentiment de ne pas être à la hauteur.

À retenir

Un mensonge répété ne raconte pas toujours seulement ce que la personne cherche à cacher. Il peut aussi nous renseigner sur ce qu’elle redoute de montrer d’elle-même.

Quand on finit aussi par se mentir à soi-même

C’est peut-être l’un des aspects les plus troublants.

À force de raconter une certaine version de son histoire, une personne peut avoir de plus en plus de mal à reconnaître ce qui s’est réellement passé ou ce qu’elle ressent.

Nous connaissons d’ailleurs tous, à des degrés différents, cette possibilité de ne pas vouloir voir quelque chose.

« Ça ne me fait rien. »

« Je maîtrise la situation. »

« Je peux arrêter quand je veux. »

Parfois, nous savons très bien que ce n’est pas tout à fait vrai.

Il ne s’agit plus seulement de tromper quelqu’un. Il s’agit aussi de tenir à distance une réalité intérieure que nous ne sommes pas encore prêts à regarder.

Quand le mensonge devient difficile à comprendre

Cette difficulté à reconnaître certaines réalités intérieures peut aussi être éclairée par la pensée de Melanie Klein. Lire aussi : Le mensonge selon Melanie Klein : que cherche-t-on parfois à protéger ?

Pourquoi continuer lorsque le mensonge est découvert ?

C’est souvent ce que l’entourage comprend le moins.

La personne est confrontée aux faits et pourtant elle continue.

Reconnaître le mensonge signifierait alors reconnaître bien davantage que le mensonge lui-même.

Il faudrait peut-être admettre une faute, une peur ou une fragilité. Il faudrait aussi affronter la réaction de l’autre et parfois la honte d’avoir menti.

Un premier mensonge peut ainsi en entraîner un deuxième, puis un troisième.

Non parce que la personne ne voit pas nécessairement ce qu’elle fait, mais parce que revenir en arrière devient de plus en plus difficile.

À retenir

Plus un mensonge dure, plus reconnaître la vérité peut devenir difficile. Il ne faut alors plus seulement reconnaître ce qui a été caché, mais également le fait d’avoir menti pour le cacher.

Peut-on faire confiance à quelqu’un qui ment beaucoup ?

Pour celui ou celle qui vit à côté, la question finit inévitablement par se poser.

Et elle est légitime.

Comprendre les raisons psychiques d’un comportement ne signifie pas devoir tout accepter.

On peut chercher à comprendre pourquoi quelqu’un ment et constater en même temps que ses mensonges abîment profondément la confiance.

La compréhension n’efface ni les conséquences ni la souffrance de celui qui les subit.

Schéma illustrant le clivage mental dans le mensonge

Ce que la thérapie peut permettre de comprendre

En thérapie, la question n’est pas seulement de savoir si une personne a menti ou non.

On peut essayer de comprendre ce qui rend la vérité si difficile à dire ou à supporter.

Que se passerait-il si je reconnaissais ce que j’ai fait ?

Pourquoi ai-je tellement besoin que les autres me voient autrement ?

Qu’est-ce que j’imagine perdre si je montre mes fragilités ?

Ces questions ne justifient pas le mensonge. Elles permettent d’essayer de comprendre ce qui se répète derrière lui.

Et parfois, lorsqu’une personne peut progressivement supporter d’être vue avec ses imperfections, ses contradictions et ses fragilités, elle a moins besoin de fabriquer une autre version d’elle-même.

L’article en bref

Nous pouvons tous mentir occasionnellement. Mais lorsque le mensonge devient répétitif, il peut parfois protéger quelque chose de plus profond : une peur du jugement, de la honte, du rejet ou de la déception.

Comprendre ce qui se joue derrière ces mensonges ne signifie pas les excuser.

C’est chercher à comprendre pourquoi, pour certaines personnes, dire la vérité peut devenir plus difficile que de continuer à mentir.

Quand le mensonge arrive en thérapie

En thérapie, il ne s’agit pas de traquer le mensonge ni de mettre la personne en accusation.

Ce qui peut être intéressant, c’est de comprendre ce qu’elle cherche à protéger en ne disant pas la vérité.

La peur d’être jugée ? De décevoir ? D’avoir honte ? De perdre l’autre ?

Lorsque ces peurs peuvent peu à peu être mises en mots, le mensonge peut devenir moins nécessaire. La personne peut commencer à parler de ce qu’elle avait jusque-là besoin de cacher, parfois même à elle-même.