Pourquoi certaines personnes mentent sans relâche / Lecture psychanalytique

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Chez quelques individus, le mensonge ne relève pas d’une stratégie réfléchie ni d’un calcul ponctuel. Il s’installe comme une habitude qui se répète et qui finit par devenir automatique… parfois même inutile, voire nuisible à leurs propres intérêts. Selon la pensée de Mélanie Klein, il ne s’agit pas vraiment d’un problème moral puisque ce comportement découle surtout d’un mécanisme de défense psychique très ancien.

Le mensonge compulsif et Mélanie Klein

Alors, dans l’approche kleinienne, on comprend que les premières étapes de la vie mentale sont traversées par ce que la psychanalyste a nommé « position paranoïde-schizoïde ». C’est un moment où le bébé perçoit son environnement comme menaçant et où la figure maternelle est ressentie comme persécutrice. L’angoisse y est massive puisqu’elle touche directement le corps et les sensations internes. Le mensonge, dans ce cadre, fonctionne comme une sorte de bouclier imaginaire contre un danger ressenti plutôt que réel. Mentir revient donc à brouiller les pistes pour échapper au regard de l’autre et préserver son espace intérieur. C’est d’ailleurs moins une volonté de tromper qu’une tentative de rester invisible psychiquement, en tout cas assez pour survivre à une peur diffuse.

Schéma illustrant le clivage mental dans le mensonge

Ensuite, chez ces sujets qui mentent souvent, on observe un fonctionnement mental basé sur le clivage. Tout est séparé avec rigidité entre ce qui est bon et ce qui est mauvais ou encore entre ce qui est vrai et ce qui est faux. Dire la vérité reviendrait alors à se dévoiler complètement et donc à risquer de laisser apparaître des affects jugés insupportables comme la honte ou la dépendance… voire la haine ou l’envie. 

Le mensonge sert ici à maintenir ces parties considérées comme mauvaises hors du champ de conscience. En quelque sorte, il agit comme une barrière protectrice du moi contre un effondrement intérieur toujours craint, du moins pressenti.

C’est surtout lorsque l’on aborde la question de l’envie que la théorie kleinienne prend toute sa portée clinique. L’envie correspond à la souffrance éprouvée devant ce que possède l’autre et que l’on n’a pas soi-même (quelque chose de bon ou de vivant). Pour certaines personnes, reconnaître leur propre manque réveille une douleur trop intense parce qu’elle fait surgir une envie vécue comme destructrice. Alors elles préfèrent nier ce manque par le mensonge qui devient un moyen détourné de fabriquer une illusion de complétude et d’éviter toute humiliation symbolique.

Dire la vérité suppose enfin d’assumer ses actes et leurs effets sur autrui tout en acceptant la perte et la limite. Or cela demande une responsabilité psychique que tous ne peuvent supporter… ou plutôt qu’ils craignent d’assumer pleinement puisqu’elle confronte chacun à sa vulnérabilité première.

Et vous, reconnaissez-vous certains de ces comportements ?

Comprendre son style d’attachement, c’est déjà amorcer un changement durable dans sa manière d’aimer, de se relier et de se protéger émotionnellement.

Quand le mensonge devient un mode de survie psychique

Pour Mélanie Klein, la capacité d’assumer ses fautes et de reconnaître la perte correspond à ce qu’elle a nommé la position dépressive, c’est à dire une phase du développement psychique à la fois nécessaire et douloureuse. Or certaines personnes ne parviennent pas à franchir ce seuil intérieur.

Dans ces cas-là, le mensonge sert non seulement à fuir la culpabilité mais aussi à éviter le chagrin et le travail de deuil qui l’accompagne souvent. Mentir revient donc à maintenir une illusion de toute-puissance psychique puisque le sujet croit maîtriser ce que l’autre perçoit, pense ne rien avoir à réparer et s’imagine ne rien perdre… C’est d’ailleurs une illusion tenace qui protège temporairement du sentiment de dépendance.

Mensonge comme mécanisme de défense psychique

Mensonge, un mode de fonctionnement

Il arrive cependant que le mensonge cesse d’être un acte ponctuel pour devenir un véritable mode de fonctionnement mental. Il s’installe au centre même de la personnalité comme un schéma global qui se traduit par des incohérences répétées, des récits changeants au fil du temps ou encore des promesses qui restent sans suite. Parfois, il s’y ajoute une tendance manipulatoire dont le sujet n’a pas toujours conscience.

Sur le plan clinique, les analystes observent que ce type d’organisation renvoie souvent à des objets internes vécus comme persécuteurs et à une angoisse diffuse de destruction massive. L’individu se sent menacé dès qu’il dépend trop fortement d’autrui et cherche alors refuge dans l’illusion mensongère. Le mensonge fonctionne ici comme un dispositif régulateur du psychisme plutôt que comme une ruse sociale, en tout cas tant que l’angoisse demeure envahissante.

Origines infantiles du mensonge

Quand on examine l’histoire infantile de ces sujets, on retrouve fréquemment un environnement marqué par l’imprévisibilité ou bien par la présence d’un parent ressenti comme intrusif voire persécuteur. L’enfant apprend très tôt que dire la vérité expose au risque de punition, d’humiliation ou de rejet. Parfois même, il grandit avec des secrets familiaux lourds qui rendent toute parole vraie dangereuse.

Il fait alors l’expérience suivante : la vérité n’apporte pas de sécurité. Le mensonge devient donc un dispositif de survie plutôt qu’un choix moral, c’est surtout une stratégie inconsciente pour préserver son intégrité interne… a priori du moins.

Accompagnement thérapeutique du mensonge

En thérapie, les cliniciens évitent généralement d’affronter directement le mensonge puisqu’une telle confrontation risquerait d’accroître la défense plutôt que de la réduire. Le travail consiste plutôt à repérer ce que le mensonge protège et quelles peurs il recouvre tout en installant un cadre relationnel stable pour que puisse émerger ce qui restait jusque-là enfoui ou indicible.

À mesure que l’angoisse décroît et que la confiance s’installe, le besoin de mentir perd progressivement sa raison d’être… jusqu’à devenir superflu, ou plutôt inutile psychiquement parlant.

Comprendre le mensonge comme une solution psychique

Certaines personnes mentent sans interruption parce que la vérité leur paraît persécutrice, puisqu’elle réveille des affects qu’elles ne peuvent tolérer. Elles craignent la honte et l’envie qui se présentent comme insupportables, tout comme la culpabilité qui devient écrasante. Le lien à l’autre est souvent perçu comme dangereux, alors le mensonge sert de refuge intérieur. C’est d’ailleurs moins un problème moral qu’une solution que le psychisme a inventée pour survivre… Il peut évoluer et se modifier, à condition qu’on cherche d’abord à le comprendre plutôt qu’à le condamner.
Il est important d'en prendre conscience car le mensonge peut devenir habituel et la confiance des autres peut s'étioler. 


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