Le mensonge selon Mélanie Klein
- Mentir ne signifie pas toujours vouloir tromper : certains mensonges cherchent aussi à éviter la honte, le conflit ou la peur de perdre l’autre.
- La pensée de Melanie Klein aide à comprendre les sentiments contradictoires que nous pouvons avoir du mal à reconnaître en nous.
- Lorsque le mensonge se répète, la question peut devenir : « Qu’est-ce que je cherche à protéger en ne disant pas la vérité ? »
Le mensonge selon Melanie Klein : que cherche-t-on parfois à protéger ?
Mentir n’est pas toujours simplement vouloir tromper quelqu’un.
Il arrive que nous cachions une vérité parce que nous avons peur de décevoir, de perdre l’amour de quelqu’un, d’être jugés ou de provoquer un conflit.
Et parfois, nous avons tellement de mal à reconnaître quelque chose en nous que nous commençons presque par nous le cacher à nous-mêmes.
Melanie Klein n’a pas élaboré à proprement parler une théorie du mensonge. Mais sa manière de penser nos conflits intérieurs peut nous aider à comprendre ce qui se joue parfois derrière le besoin de cacher, de nier ou de transformer la réalité.
Pourquoi mentons-nous à ceux que nous aimons ?
Il peut sembler paradoxal de mentir précisément aux personnes auxquelles nous tenons le plus.
Pourtant, c’est parfois parce que leur regard compte énormément que la vérité devient difficile à dire.
Un enfant peut cacher une mauvaise note parce qu’il redoute de décevoir ses parents. Un adulte peut dissimuler une difficulté parce qu’il ne veut pas paraître fragile. Dans un couple, on peut taire quelque chose par peur de provoquer une dispute ou de perdre l’autre.
Le mensonge peut alors avoir, pendant un temps, une fonction de protection.
Il protège d’une réaction que l’on redoute, mais aussi parfois d’un sentiment plus difficile à supporter : la honte, la culpabilité, la peur du rejet ou celle de ne plus être aimé.
À retenir — Le mensonge comme protection
Derrière certains mensonges, il n’y a pas seulement la volonté de tromper. Il peut aussi y avoir une tentative de protéger une relation, une image de soi ou quelque chose que l’on n’est pas encore prêt à affronter.
Quand reconnaître la réalité devient difficile
Nous ne mentons pas toujours uniquement aux autres.
Il nous arrive aussi de nous raconter certaines choses à nous-mêmes :
« Ça ne me touche pas. »
« Je n’ai besoin de personne. »
« Tout va bien. »
Et pourtant, quelque chose en nous dit parfois le contraire.
Dans la pensée de Melanie Klein, notre vie psychique est traversée très tôt par des sentiments contradictoires. Nous pouvons aimer quelqu’un et lui en vouloir. Avoir besoin de lui tout en supportant difficilement cette dépendance.
Lorsque ces contradictions deviennent trop difficiles à vivre, nous pouvons chercher à en tenir une partie à distance.
Ce n’est pas nécessairement un mensonge conscient. C’est parfois une manière de ne pas voir immédiatement une réalité intérieure trop douloureuse.
Mentir pour préserver l’image de l’autre… ou la nôtre
Dire la vérité peut aussi modifier l’image que nous avons de quelqu’un.
Reconnaître qu’un parent que nous aimons nous a profondément blessés peut être difficile. Reconnaître notre propre colère envers lui peut l’être tout autant.
Nous pouvons alors minimiser :
« Ce n’était pas si grave. »
« Il a fait ce qu’il a pu. »
Ces phrases peuvent être vraies. Mais elles peuvent aussi parfois nous éviter d’approcher une autre vérité : « J’ai souffert de ce qui s’est passé. »
Les deux réalités peuvent d’ailleurs coexister. Un parent peut avoir fait ce qu’il pouvait et son enfant avoir malgré tout souffert.
À retenir — L’ambivalence
Aimer quelqu’un ne nous oblige pas à nier ce qui nous a blessés. Nous pouvons éprouver de la reconnaissance et de la colère, de l’attachement et de la déception envers une même personne.
Pourquoi la vérité peut-elle faire si peur ?
Parce qu’une vérité ne concerne pas seulement les faits.
Elle peut venir toucher l’image que nous avons de nous-mêmes, la place que nous occupons dans une famille ou la relation que nous entretenons avec quelqu’un.
Dire « je ne vais pas bien », « je t’en veux », « j’ai échoué » ou « je ne veux plus cela » peut avoir des conséquences que nous imaginons parfois difficiles à supporter.
Le mensonge ou le silence permettent alors de repousser le moment où il faudra regarder cette réalité.
Mais ce qui nous protège à un moment de notre vie peut aussi finir par nous enfermer.
Quand les mensonges se répètent
Un mensonge occasionnel ne dit pas tout d’une personne.
En revanche, lorsque mentir devient presque indispensable pour éviter les conflits, cacher ses émotions ou maintenir une certaine image de soi, il peut être intéressant de se demander ce qui rend la vérité si difficile.
Non pas :
« Pourquoi suis-je quelqu’un qui ment ? »
mais plutôt :
« Qu’est-ce que je crains qu’il arrive si je dis ce que je ressens vraiment ? »
Cette question ouvre déjà une autre manière de comprendre le problème.
Ce que l’on peut travailler en thérapie
En thérapie, il ne s’agit pas de faire la morale ni de traquer les mensonges.
Il peut être plus intéressant de comprendre ce qu’ils viennent protéger.
De quoi ai-je peur si je dis la vérité ? Du jugement ? Du conflit ? De perdre quelqu’un ? De découvrir quelque chose sur moi que je préférerais ne pas voir ?
Peu à peu, mettre des mots sur ces peurs peut permettre de ne plus avoir autant besoin de les cacher.
Vous vous reconnaissez dans ces situations et ressentez le besoin d’y voir plus clair ?
À retenir
Nous ne mentons pas tous pour les mêmes raisons.
Certains mensonges servent à éviter une conséquence. D’autres cherchent à préserver une relation, une image de soi ou à tenir momentanément à distance une réalité trop douloureuse.
La pensée de Melanie Klein nous invite surtout à regarder les contradictions qui existent en nous, plutôt qu’à réduire une personne à son mensonge.
Et parfois, derrière ce que nous cachons aux autres se trouve quelque chose que nous avons d’abord beaucoup de mal à reconnaître nous-mêmes.

