Les émotions et le transgénérationnel

2.5K vues

La famille est le premier lieu où nous apprenons les émotions

C’est au sein de notre famille que nous apprenons très tôt ce que nous pouvons faire de nos émotions.

Certains enfants grandissent dans une famille où l’on peut dire que l’on est triste, en colère ou inquiet. Dans d’autres familles, certaines émotions sont difficiles à exprimer : il faut être fort, ne pas pleurer, ne pas se mettre en colère ou ne surtout pas parler de ce qui fait souffrir.

 

Mémoire familiale

L’enfant n’apprend pas seulement à travers ce que ses parents lui disent. Il observe également leur manière de réagir, de se disputer, de se réconcilier, de faire face à une séparation, à un deuil ou à une période difficile.

Il perçoit aussi ce qui ne se dit pas.

C’est ainsi que notre histoire familiale participe progressivement à la construction de notre propre vie émotionnelle.

Mémoire transgénérationnelle : quand l’histoire familiale influence nos émotions

Certaines personnes arrivent en thérapie avec des émotions qu’elles comprennent difficilement.

Une culpabilité très forte, une peur de décevoir, une colère qui revient dans certaines situations, une difficulté à se séparer ou encore l’impression de devoir prendre soin des autres avant de penser à soi.

En travaillant sur leur histoire, elles découvrent parfois que ces façons de ressentir ne sont pas sans lien avec ce qui s’est vécu dans leur famille.

C’est dans ce sens que l’on peut parler de mémoire transgénérationnelle : non pas comme d’une mémoire mystérieuse qui se transmettrait automatiquement d’une génération à l’autre, mais comme une manière d’interroger les traces que l’histoire familiale peut laisser dans notre vie psychique.

Des recherches, notamment celles menées par Rachel Yehuda et ses collaborateurs, explorent également le rôle possible de mécanismes épigénétiques dans la transmission intergénérationnelle des effets du traumatisme. Chez l’être humain, ces mécanismes restent toutefois difficiles à établir et les connaissances actuelles ne permettent pas de parler d’une transmission automatique du traumatisme d’une génération à l’autre.

Les non-dits, les traumatismes, les séparations, les deuils, mais aussi les façons d’aimer, de se protéger ou d’entrer en conflit peuvent participer à ce qui se transmet dans une histoire familiale.

Une question peut alors émerger en thérapie :

Qu’est-ce qui appartient à mon histoire personnelle et qu’est-ce que j’ai appris ou porté dans mon histoire familiale ?

Quand l’enfant est confronté aux émotions de ses parents.

Un enfant peut être particulièrement sensible à l’état émotionnel des adultes qui l’entourent.

Il peut sentir qu’un parent va mal sans comprendre pourquoi. Il observe une tristesse, une anxiété, des silences ou des changements de comportement auxquels personne ne donne véritablement de sens.

Il essaie alors de comprendre avec les moyens dont il dispose.

Certains enfants deviennent très attentifs à l’humeur de leurs parents. Ils cherchent à anticiper leurs réactions, à ne pas les contrarier ou à les rassurer. D’autres apprennent au contraire à se couper de ce qu’ils ressentent parce que leurs émotions deviennent trop difficiles à supporter.

Ces façons de s’adapter ont parfois été nécessaires pendant l’enfance. Mais elles peuvent continuer à fonctionner à l’âge adulte alors que la situation a changé.

Les non-dits peuvent-ils se transmettre d’une génération à l’autre ?

Toutes les familles ont leur histoire. Certaines comportent des événements douloureux qui ont pu être racontés et élaborés. D’autres restent entourés de silence.

Un deuil, une séparation, une violence, une honte familiale, une rupture ou un événement traumatique peuvent parfois devenir des sujets dont on ne parle jamais.

Pourtant, ne pas parler d’un événement ne signifie pas nécessairement qu’il n’a plus d’effet sur la vie familiale.

L’enfant peut percevoir des réactions, des interdits ou des émotions dont il ignore l’origine. Il sait parfois qu’il existe « quelque chose », sans savoir exactement quoi.

Plus tard, certaines situations peuvent conduire la personne à s’interroger sur ces zones silencieuses de son histoire.

Le travail thérapeutique ne consiste pas à rechercher à tout prix un secret caché derrière chaque difficulté. Il permet plutôt de formuler des hypothèses et de comprendre progressivement comment l’histoire familiale a pu participer à la construction de certains fonctionnements actuels.

Comment repérer ce qui se répète dans une famille ?

Histoire familiale

Certaines répétitions deviennent particulièrement visibles lorsqu’on commence à regarder son histoire familiale autrement.

Il peut être intéressant d’observer :

  • la manière dont les membres de la famille communiquent et gèrent les conflits ;
  • les façons de s’attacher et de se séparer ;
  • la place donnée aux émotions ;
  • les relations entre parents et enfants ;
  • les valeurs et les règles familiales ;
  • les loyautés familiales ;
  • les secrets et les non-dits ;
  • les deuils ou traumatismes qui ont marqué l’histoire familiale.

Il ne s’agit pas de chercher une explication familiale à tout ce que nous vivons.

Il s’agit plutôt de repérer certaines continuités et de comprendre pourquoi une situation actuelle peut parfois réveiller quelque chose de beaucoup plus ancien.

Pourquoi travailler sur le transgénérationnel en thérapie ?

Comprendre son histoire familiale ne signifie pas accuser ses parents ou ses grands-parents de ce que nous vivons aujourd’hui.

Nos parents ont eux-mêmes une histoire.

Ils ont pu transmettre ce qu’ils avaient reçu, mais également ce qu’ils avaient appris à faire pour survivre à leurs propres difficultés.

 

Analyse transgénérationnelle

Le travail thérapeutique permet progressivement de remettre chaque histoire à sa place.

Certaines émotions peuvent alors prendre un autre sens. Une culpabilité que l’on croyait personnelle peut être reliée à une loyauté familiale. Une peur de l’abandon peut s’inscrire dans une histoire marquée par plusieurs séparations. Une difficulté à exprimer sa colère peut prendre sens dans une famille où le conflit était interdit ou particulièrement menaçant.

Comprendre ces liens ne suffit pas toujours à faire disparaître une difficulté. Mais cela permet de ne plus la vivre comme quelque chose d’incompréhensible.

Peut-on se libérer d’une mémoire transgénérationnelle ?

L’expression « se libérer » peut laisser penser qu’il suffirait d’identifier ce qui appartient aux générations précédentes pour s’en débarrasser.

Le travail psychique est généralement plus progressif.

Il s’agit plutôt de reconnaître ce que nous avons reçu, de comprendre ce que nous en avons fait et de pouvoir progressivement choisir ce que nous souhaitons continuer à porter.

Notre histoire familiale fait partie de nous. Le but n’est pas de l’effacer.

Il est de pouvoir vivre davantage notre propre histoire sans être constamment ramené à des fonctionnements dont nous ne comprenions jusque-là ni l’origine ni le sens.

Le travail transgénérationnel en thérapie individuelle

Il n’est pas nécessaire de réunir toute une famille pour travailler sur son histoire familiale.

Dans le cadre d’une thérapie individuelle, le récit de la personne, ses souvenirs, ses relations, les événements marquants de son histoire et ce qu’elle connaît des générations précédentes peuvent déjà constituer un matériau important.

Arbre généalogique

Le thérapeute peut aider à repérer certaines répétitions, à questionner les non-dits et à mettre en relation ce qui appartient au passé avec ce qui se rejoue aujourd’hui.

L’objectif n’est pas de reconstruire une vérité familiale absolue.

Il est de permettre à la personne de mieux comprendre son propre fonctionnement et de retrouver une plus grande liberté dans sa manière de vivre ses émotions et ses relations.

Vous vous reconnaissez dans certaines de ces répétitions ?

Il arrive que l’on comprenne intellectuellement son histoire familiale sans parvenir pour autant à sortir de certaines répétitions.

Un travail thérapeutique peut permettre d’explorer ce qui continue à se rejouer dans votre vie actuelle et de mettre progressivement du sens sur ce qui semblait jusque-là difficile à comprendre.

Pour aller plus loin : 

Anne Ancelin Schützenberger — Aïe, mes aïeux !
Un ouvrage de référence en psychogénéalogie sur les transmissions familiales, les répétitions et les secrets de famille.

Serge Tisseron — Les secrets de famille
Un ouvrage consacré aux secrets, aux non-dits et à leurs effets dans les relations familiales.

Rachel Yehuda & Amy Lehrner — Intergenerational transmission of trauma effects: putative role of epigenetic mechanisms (2018)
Une revue scientifique sur la transmission intergénérationnelle des effets du traumatisme et les mécanismes épigénétiques étudiés.Transmission intergénérationnelle des effets des traumatismes : rôle putatif des mécanismes épigénétiques


Articles similaires