Inhibition, symptôme, angoisse : les clés de Freud pour les décrypter
Il arrive que nous nous sentions empêchés de faire quelque chose alors que, consciemment, nous en avons envie.
Nous voudrions parler mais les mots ne viennent pas. Prendre une décision mais quelque chose nous retient. Avancer dans un projet mais, au moment de le faire, nous reculons.
Il arrive aussi que l'angoisse surgisse sans que nous comprenions vraiment pourquoi.
Pourquoi pouvons-nous nous sentir bloqués alors même que nous savons ce que nous voulons ?
Dans Inhibition, symptôme et angoisse, Freud s'intéresse justement à ces situations. Il cherche à comprendre comment l'inhibition, le symptôme et l'angoisse peuvent s'articuler dans notre vie psychique.
Ces trois notions ne racontent pas exactement la même chose. Mais elles permettent d'interroger ce qui se passe lorsque quelque chose en nous semble faire obstacle à ce que nous voudrions consciemment.
Qu’est-ce que l’inhibition ?
Nous employons souvent le mot « inhibition » pour parler de quelqu'un de timide ou de réservé.
Chez Freud, le sens est plus large.
L'inhibition correspond à une limitation d'une fonction. Elle peut concerner le travail, la parole, la sexualité ou certaines activités de la vie quotidienne.
Une personne peut par exemple avoir toutes les capacités nécessaires pour réaliser quelque chose et pourtant se sentir incapable de passer à l'action.
Elle peut alors se dire :
« Je sais que je peux le faire, alors pourquoi est-ce que je n'y arrive pas ? »
C'est précisément cette contradiction qui peut être intéressante à explorer.
Ce que Freud nous apprend
Nous ne pouvons pas satisfaire immédiatement toutes nos envies. Le Moi nous permet aussi de tenir compte de la réalité : attendre, renoncer parfois, ou trouver une autre manière de répondre à un désir.
Quand quelque chose nous empêche d'avancer
Prenons un exemple.
Une personne souhaite évoluer professionnellement. Elle en a les compétences et une opportunité se présente.
Pourtant, au moment de déposer sa candidature, elle hésite, reporte, trouve différentes raisons de ne pas le faire.
On pourrait simplement penser qu'elle manque de confiance en elle.
Mais en thérapie, on peut aussi chercher à comprendre ce que représenterait pour elle le fait de réussir.
Réussir signifie-t-il prendre une autre place dans sa famille ? Dépasser quelqu'un ? S'éloigner de certaines attentes ? S'autoriser quelque chose que ses parents n'ont pas pu avoir ?
Cela ne signifie évidemment pas que toute difficulté à agir cache nécessairement un conflit de ce type.
Mais lorsque le même empêchement revient malgré le désir conscient d'avancer, il peut être intéressant de ne pas s'arrêter à :
« Pourquoi est-ce que je n'ai pas assez de volonté ? »
et de se demander aussi :
« Qu'est-ce qui rend cela si difficile pour moi ? »
Et le symptôme ?
Le symptôme occupe une place particulière dans la pensée psychanalytique.
Nous avons naturellement tendance à considérer un symptôme comme quelque chose dont il faudrait se débarrasser.
Freud propose d'aller plus loin.
Dans une perspective psychanalytique, certains symptômes peuvent être compris comme une manière dont un conflit psychique trouve à s'exprimer, alors qu'il ne peut pas être élaboré directement.
C'est pourquoi le symptôme a un sens singulier : le même symptôme ne raconte pas nécessairement la même chose chez deux personnes différentes.
Une peur, un comportement répétitif ou une inhibition ne peuvent donc pas être interprétés à partir d'une grille toute faite.
Il faut les replacer dans l'histoire de la personne.
Ce que Freud nous apprend
Pour Freud, le symptôme peut être compris comme une formation de compromis. Un désir ou un conflit qui ne peut pas trouver directement sa place dans la conscience peut s'exprimer sous une autre forme.
Le symptôme n'est donc pas seulement envisagé comme quelque chose qu'il faudrait faire disparaître. Dans une perspective psychanalytique, on cherche aussi à comprendre ce qui se joue derrière lui et le sens qu'il peut prendre dans l'histoire singulière de la personne.
Un symptôme physique n'est pas forcément psychologique
- Cette précision est importante.
- Lorsqu'une douleur ou un symptôme physique apparaît, il ne faut pas supposer qu'il est d'origine psychologique. Une cause médicale doit être recherchée lorsque cela est nécessaire.
- Mais il arrive également que des manifestations corporelles apparaissent ou s'intensifient dans certaines situations émotionnelles.
- La question peut alors être travaillée en complément de la prise en charge médicale :
- Dans quelles circonstances cela apparaît-il ? Que se passe-t-il dans ma vie à ce moment-là ?
- Il ne s'agit pas de décider à l'avance que « le corps parle », mais d'essayer de comprendre ce qui se passe pour cette personne en particulier.
Ce que Freud nous apprend
Dans la perspective freudienne, le symptôme peut traduire quelque chose du conflit psychique sous une forme détournée. Ce qui ne peut être élaboré directement peut ainsi trouver une autre voie d'expression.
L'angoisse : quand nous ne savons pas toujours ce qui nous arrive
L'angoisse peut être particulièrement déroutante parce qu'elle ne possède pas toujours un objet clairement identifiable.
On peut ressentir une inquiétude intense, une oppression, une sensation de danger ou une peur sans parvenir à dire précisément :
« J'ai peur de cela. »
Freud a d'ailleurs fait évoluer sa conception de l'angoisse au cours de son œuvre.
Dans Inhibition, symptôme et angoisse, il accorde une place importante à l'idée de signal d'angoisse : face à ce qui est vécu comme un danger psychique, le Moi peut produire un signal qui entraîne la mise en place de défenses.
Autrement dit, l'angoisse n'est pas seulement quelque chose qu'il faudrait faire taire.
Elle peut aussi nous conduire à nous demander :
Pourquoi apparaît-elle précisément ici ?
Quand l'angoisse conduit à éviter
Imaginons une personne qui commence à ressentir une forte angoisse dans certaines situations.
Pour ne plus la ressentir, elle commence naturellement à éviter ces situations.
À court terme, cela peut la soulager.
Mais progressivement, son quotidien peut se réduire : elle renonce à certaines sorties, anticipe ce qui pourrait arriver, organise sa vie pour ne pas retrouver cette sensation.
La difficulté n'est alors plus seulement l'angoisse initiale. L'évitement lui-même commence à prendre de la place dans la vie de la personne.
En thérapie, on peut bien sûr s'intéresser à ce qui déclenche l'angoisse, mais aussi à ce qu'elle représente pour cette personne et à la manière dont elle a progressivement organisé sa vie autour d'elle.
Inhibition, symptôme et angoisse : pourquoi Freud les rapproche-t-il ?
Ces trois phénomènes sont différents.
L'inhibition limite une fonction.
Le symptôme, dans la conception psychanalytique, peut constituer une formation de compromis liée à un conflit psychique.
L'angoisse peut notamment fonctionner comme un signal face à un danger ressenti par le Moi.
Mais dans la vie d'une personne, ces phénomènes peuvent se rencontrer et s'entremêler.
Une angoisse peut favoriser l'évitement. Un conflit peut contribuer à une inhibition. Un symptôme peut persister alors même que la personne voudrait consciemment s'en débarrasser.
C'est pourquoi la psychanalyse ne cherche pas uniquement à demander :
« Comment faire disparaître ce qui me gêne ? »
Elle pose aussi une autre question :
« Pourquoi cela apparaît-il dans mon histoire, à ce moment de ma vie et de cette manière-là ? »
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Ce que l'on travaille en thérapie
Les personnes ne viennent généralement pas consulter en parlant d'inhibition ou de conflit intrapsychique.
Elles disent plutôt :
« Je sais ce que je devrais faire, mais je n'y arrive pas. »
« Je me sens bloqué sans comprendre pourquoi. »
« Mon angoisse revient alors que tout semble aller bien. »
« Je fais toujours la même chose alors que je sais que cela me fait souffrir. »
Le travail thérapeutique commence souvent là.
Il ne s'agit pas d'attribuer immédiatement une signification au symptôme, mais d'écouter ce qui se répète, ce qui provoque de l'angoisse, ce qui est évité et ce que la personne associe elle-même à ce qu'elle vit.
Peu à peu, certains liens peuvent apparaître entre ce qui se passe aujourd'hui et l'histoire de la personne.
Nouveau titre
Comprendre ce qui nous arrive plutôt que nous en vouloir
Pourquoi mon esprit me bloque-t-il alors que je veux avancer ?
Se sentir bloqué ne signifie pas nécessairement manquer de volonté.
Ressentir de l'angoisse ne signifie pas non plus que nous devrions immédiatement savoir pourquoi.
Et un symptôme ne possède pas une signification universelle que le thérapeute pourrait deviner à la place de la personne.
C'est justement ce qui fait la singularité du travail thérapeutique.
Il s'agit de prendre le temps de comprendre pourquoi cette difficulté apparaît chez cette personne, dans son histoire et à ce moment de sa vie.
Parfois, ce changement de regard est déjà important : au lieu de se demander uniquement « Comment faire pour que cela s'arrête ? », une autre question devient possible :
« Qu'est-ce qui se passe pour moi lorsque cela arrive ? »
Questions fréquentes
Que veut dire Freud quand il parle de symptôme ?
Dans la conception freudienne, le symptôme peut être envisagé comme une formation de compromis : quelque chose du conflit psychique trouve une voie d'expression sous une forme transformée. Son sens ne peut cependant pas être déterminé indépendamment de l'histoire de la personne.
Est-ce normal de ressentir de l’angoisse sans savoir pourquoi ?
Oui. Il est possible de ressentir de l'angoisse sans en identifier immédiatement la cause. En thérapie, on peut notamment observer les circonstances dans lesquelles elle apparaît, ce qui la précède et ce qu'elle évoque pour la personne, sans lui attribuer d'emblée une explication.
Une inhibition est-elle toujours problématique ?
Non. Nous nous retenons constamment dans la vie quotidienne. L'inhibition devient surtout source de souffrance lorsqu'elle limite durablement quelque chose que la personne souhaiterait pouvoir faire ou vivre.
Que peut m’apporter la psychanalyse dans ce travail ?
Elle propose un espace dans lequel les symptômes, les répétitions, les contradictions et l'angoisse peuvent être mis en mots et reliés progressivement à l'histoire singulière de la personne. L'objectif n'est pas d'imposer une explication, mais de permettre à la personne de mieux comprendre ce qui se joue pour elle.

