Quand la colère devient-elle préoccupante dans une relation ?
Une colère peut être compréhensible dans son origine sans que tous les comportements qu’elle entraîne soient acceptables. Être blessé, frustré ou en désaccord n’autorise pas à humilier, menacer, rabaisser ou terroriser l’autre.
Dans certaines relations, la colère finit par prendre beaucoup de place. Quand un(e) conjoint(e) est colérique, vous savez que certains sujets risquent de provoquer une explosion.
L'anticipation de la colère
Vous choisissez vos mots avec précaution, vous attendez le « bon moment » pour parler ou vous renoncez à exprimer certaines choses. Ce n’est alors plus seulement la colère de l’autre qui influence la relation, mais l’anticipation de cette colère.
Peu à peu, vous pouvez commencer à adapter votre comportement pour éviter que la situation ne dégénère. Vous demandez moins, vous vous justifiez davantage ou vous faites des concessions que vous ne souhaitiez pas réellement faire.
Quand les discussions finissent toujours par se retourner contre vous
Il arrive également qu’un conflit devienne particulièrement déroutant parce que le sujet de départ disparaît au cours de la discussion.
Vous essayez par exemple de parler d’un comportement qui vous a blessé. La discussion monte rapidement en tension et, quelques minutes plus tard, vous vous retrouvez à devoir vous expliquer sur votre ton, votre réaction ou votre manière d’avoir abordé le problème. Ce que vous souhaitiez initialement exprimer n’est finalement jamais discuté.
Cela peut arriver ponctuellement dans de nombreux couples. Lorsque nous nous sentons attaqués, nous pouvons tous devenir défensifs ou répondre maladroitement.
Exemple de déroutement dans le conflit
Par exemple, Monsieur X redoute d’aborder avec sa compagne la date d’arrivée de sa belle-famille. Il ne sait pas encore précisément quand il pourra aller les chercher à la gare, alors que Madame, davantage prise par son travail, compte sur lui pour s’en charger. Il sait que cette incertitude peut provoquer une forte colère chez elle. Il hésite donc à en parler, cherche le bon moment et tente d’anticiper sa réaction.
Ce qui peut être intéressant à observer ici n’est pas seulement le désaccord sur l’organisation familiale. C’est aussi la place que prend progressivement la crainte de la réaction de l’autre dans la manière de communiquer.
Observer la répétition des schémas
Un épisode isolé ne permet donc pas de conclure que quelqu’un cherche à manipuler l’autre. Ce sont davantage la répétition et le fonctionnement général de la relation qu’il faut observer.
La situation devient plus préoccupante lorsque vous avez systématiquement le sentiment de finir en position d’accusé, que les faits sont constamment niés ou transformés, ou que vous devez sans cesse défendre votre propre perception de ce qui s’est passé.
Quand vous commencez à douter de vous
L’un des repères les plus importants est peut-être ce que cette relation produit progressivement chez vous.
Se remettre en question
Après une dispute, il est normal de s’interroger sur sa propre responsabilité. Être capable de reconnaître que l’on a pu blesser l’autre ou mal réagir fait partie d’une relation dans laquelle chacun peut se remettre en question.
Quand les doutes s'installent
Mais autre chose se joue lorsque vous ne savez plus ce que vous pouvez penser de ce qui s’est passé. Vous pouvez vous demander régulièrement si vous exagrez, si vous êtes trop sensible ou si vous avez réellement le droit d’être blessé. Vous pouvez également ressentir de la confusion, de la honte, une perte de confiance en votre propre jugement ou une baisse progressive de l’estime de vous-même.
Le "gaslighting" et la perte de confiance
On parle parfois très rapidement de « gaslighting ». Pourtant, deux personnes peuvent avoir des souvenirs ou des interprétations différents d’une même situation sans qu’il y ait manipulation. Ce qui devient davantage préoccupant est un processus répété dans lequel les faits sont systématiquement niés ou déformés et où vous finissez progressivement par ne plus faire confiance à votre propre perception.
Peut-on encore dialoguer lorsque la colère prend toute la place ?
Dans un conflit de couple, une pause peut parfois être nécessaire. Lorsque l'un des partenaires est colérique, continuer à discuter immédiatement ne permet pas toujours de résoudre le problème. Interrompre l'échange et y revenir lorsque la tension est redescendue peut aider à retrouver une discussion plus constructive.
Cependant, cela suppose qu'un dialogue soit encore possible. Une relation peut traverser des conflits importants lorsque chacun conserve une capacité à écouter, à reconnaître sa part de responsabilité et à entendre que l'autre a pu vivre la situation différemment.
Lorsque chaque tentative de discussion aboutit au déni, à l'intimidation, aux insultes ou à un nouveau renversement de la situation, chercher constamment « la bonne façon d’expliquer » peut finir par vous épuiser.
Quand demander de l’aide ?
Si vous ne savez plus comment aborder certains sujets, si les mêmes scènes se répètent ou si vous commencez à avoir peur de la réaction de votre partenaire, il peut être important de ne pas rester seul avec vos interrogations.
Demander de l’aide ne signifie pas nécessairement que vous avez déjà décidé ce que vous devez faire de votre relation. Un espace thérapeutique peut d’abord permettre de mettre des mots sur ce que vous vivez, de prendre du recul et de comprendre ce qui se joue dans la relation.
La thérapie de couple peut avoir du sens lorsque chacun est en mesure de s’engager dans un travail de réflexion et que la parole peut circuler dans un cadre suffisamment sécurisant. En revanche, lorsqu’il existe de la peur, de l’intimidation, des menaces ou des violences, la question ne se limite plus à améliorer la communication du couple. Votre sécurité et la possibilité de bénéficier d’un accompagnement adapté deviennent prioritaires.
La colère n’est donc pas, à elle seule, le signe qu’une relation est problématique. Ce qui compte davantage est la manière dont elle s’exprime, sa répétition, la possibilité ou non de retrouver un dialogue et surtout ce qu’elle produit progressivement chez vous.
C’est parfois en observant ces éléments que l’on commence à comprendre que la question n’est plus seulement : « Comment éviter sa colère ? », mais aussi : « Quelle place puis-je encore prendre dans cette relation sans avoir peur ? »
Vous vous reconnaissez dans cette situation ?
Lorsque les conflits se répètent ou que la peur de la réaction de l’autre commence à prendre de la place, il peut être utile de prendre du recul sur ce que vous vivez.
Selon votre situation, ce travail peut être envisagé individuellement ou en couple.
