Envie de pleurer sans raison : quand la raison nous échappe
Il arrive d'avoir envie de pleurer sans savoir pourquoi. Les larmes montent dans un moment banal, parfois au travail, dans les transports, en rentrant chez soi ou simplement lorsque la journée s'achève. Rien de particulier ne semble s'être produit et pourtant, quelque chose déborde.
C'est souvent cette absence d'explication qui déroute. Lorsque nous pleurons après une séparation, un deuil, une dispute ou une mauvaise nouvelle, nos larmes ont une cause que nous pouvons identifier. Mais lorsqu'elles apparaissent alors que, apparemment, « tout va bien », elles deviennent plus difficiles à comprendre. On se demande pourquoi on a envie de pleurer sans raison, pourquoi on devient soudain si sensible, parfois même pourquoi on pleure « pour rien ».
Mais sommes-nous toujours en mesure de savoir ce qui nous affecte ?
Ne pas connaître la raison de ses larmes ne signifie pas qu'elles n'en ont pas.
Pourquoi ai-je envie de pleurer sans raison ?
Le décalage entre événement et émotion
Nous avons l'habitude de chercher une correspondance immédiate entre ce que nous ressentons et ce qui vient de nous arriver :
- Je suis triste parce qu'une personne me manque.
- Je pleure parce que j'ai reçu une mauvaise nouvelle.
- Je suis en colère parce que quelqu'un m'a blessé.
Lorsque le lien est évident, l'émotion nous paraît cohérente. La vie psychique n'est pourtant pas toujours aussi transparente.
L'accumulation silencieuse et le déclencheur insignifiant
Nous pouvons traverser une période difficile tout en continuant à vivre normalement. Nous travaillons, nous nous occupons des autres, nous répondons aux obligations quotidiennes. Nous avançons en nous disant que ce n'est pas si grave, que cela passera, que d'autres vivent des choses plus difficiles ou que nous n'avons pas le temps de nous arrêter.
Puis une contrariété apparemment insignifiante survient et les larmes arrivent. Une remarque, un retard, une maladresse, une fatigue de plus suffit à provoquer une émotion dont l'intensité nous surprend. Nous concluons : « Je pleure pour rien. »
Déclencheur immédiat et causes profondes
Pourtant, dire « je ne sais pas pourquoi je pleure » est différent de dire « je pleure sans raison ». Ce qui déclenche les larmes n'est pas toujours ce qui les explique. Une émotion ancienne peut ainsi trouver à s'exprimer à l'occasion d'un détail du présent qui, à lui seul, n'explique pas son intensité.
Une situation actuelle peut en faire résonner une ancienne :
- Une parole anodine pour quelqu'un d'autre prend pour nous une signification particulière.
- Une séparation en réveille une autre.
- Une peur actuelle fait écho à quelque chose que nous pensions dépassé depuis longtemps.
Le regard de la psychanalyse sur les larmes
Du point de vue psychanalytique, il serait réducteur de vouloir donner aux larmes une seule signification. Pleurer n'est pas un langage universel qu'il suffirait de décoder. On peut pleurer de tristesse, de colère, d'impuissance, de peur ou de soulagement, et deux personnes placées dans une situation identique ne la vivent jamais de la même manière.
La question n'est pas de chercher dans une liste ce que « signifie » le fait de pleurer, mais de comprendre ce que ces larmes viennent toucher dans l'histoire particulière de celui ou celle qui les éprouve.
Pourtant, dire « je ne sais pas pourquoi je pleure » est différent de dire « je pleure sans raison ». Ce qui déclenche les larmes n'est pas toujours ce qui les explique. Une émotion ancienne peut ainsi trouver à s'exprimer à l'occasion d'un détail du présent qui, à lui seul, n'explique pas son intensité.
Une situation actuelle peut en faire résonner une ancienne. Une parole anodine pour quelqu'un d'autre prend pour nous une signification particulière. Une séparation en réveille une autre. Une peur actuelle fait écho à quelque chose que nous pensions dépassé depuis longtemps.
Du point de vue psychanalytique, il serait réducteur de vouloir donner aux larmes une seule signification. Pleurer n'est pas un langage universel qu'il suffirait de décoder. On peut pleurer de tristesse, de colère, d'impuissance, de peur ou de soulagement, et deux personnes placées dans une situation identique ne la vivent jamais de la même manière. La question n'est pas de chercher dans une liste ce que « signifie » le fait de pleurer, mais de comprendre ce que ces larmes viennent toucher dans l'histoire particulière de celui ou celle qui les éprouve.
Et si c'était d'abord le corps ?
Avant de chercher un sens, il est raisonnable de se demander si le corps n'y est pas pour quelque chose. Un manque de sommeil, une grande fatigue, des variations hormonales liées par exemple au cycle menstruel, à la grossesse, au post-partum ou à la périménopause, certains troubles physiques, médicaments ou carences peuvent aussi modifier notre état émotionnel.
Le corps et la vie psychique ne s'opposent pas : l'un peut rendre l'autre plus vulnérable. Un médecin peut aider à rechercher une éventuelle cause physique, ce qui n'empêche en rien de s'interroger aussi sur ce que l'on traverse.
Quand on a envie de pleurer tout le temps
Être constamment au bord des larmes
Avoir ponctuellement envie de pleurer fait partie de la vie émotionnelle. Mais certaines personnes ont le sentiment d'être constamment au bord des larmes. Elles se sentent plus fragiles qu'habituellement, pleurent pour des événements qui auparavant ne les auraient pas affectées de cette manière, ou ont l'impression que la moindre contrariété risque de les faire craquer.
Une période de stress, un épuisement, un deuil, une séparation, des difficultés professionnelles ou familiales peuvent nous rendre plus vulnérables. L'angoisse et l'anxiété peuvent aussi s'accompagner d'une envie de pleurer, notamment lorsque la tension accumulée devient difficile à contenir.
Envie de pleurer et syndrome dépressif
Il faut cependant éviter l'interprétation automatique. Avoir envie de pleurer tout le temps ne signifie pas nécessairement être dépressif, et les larmes, prises isolément, ne permettent pas de poser un diagnostic. Mais la possibilité d'un syndrome dépressif ne doit pas être écartée.
Des pleurs fréquents peuvent en faire partie, notamment lorsqu'ils s'accompagnent d'un changement qui s'installe dans la durée :
- Tristesse ou désespoir persistants
- Perte d'intérêt ou de plaisir
- Fatigue importante
- Troubles du sommeil
- Difficultés à se concentrer
- Dévalorisation ou difficultés croissantes à poursuivre sa vie quotidienne
Quand et qui consulter ?
Lorsque plusieurs de ces signes sont présents ou que la souffrance devient importante, il est essentiel de ne pas rester seul. Il est recommandé d'en parler à son médecin traitant et, selon la situation, à un psychiatre, un psychologue, un psychanalyste ou un psychopraticien.
Pourquoi cherchons-nous tellement à retenir nos larmes ?
Lorsque les larmes arrivent, notre premier mouvement consiste souvent à vouloir les arrêter. Nous cherchons comment ne plus pleurer, comment reprendre le contrôle ou comment empêcher les autres de voir notre émotion.
Il y a bien sûr des moments où nous avons besoin de nous contenir. Pleurer devant ses collègues, dans les transports ou au milieu d'une réunion peut être inconfortable. Mais notre difficulté avec les larmes dit aussi quelque chose de la place que nous accordons à nos émotions.
Nous nous excusons parfois de pleurer comme si nous venions de commettre une faute.
Or les larmes ne sont ni une faiblesse ni, en elles-mêmes, le signe que quelque chose ne va pas. Ce qui importe est davantage de comprendre ce qui les accompagne et la place qu'elles prennent dans notre existence.
Après une crise de larmes, plutôt que de se demander uniquement comment éviter qu'elle recommence, on peut essayer de revenir sur ce qui s'est passé. Non pas seulement dans les minutes qui ont précédé, mais parfois dans les jours ou les semaines précédentes. Qu'est-ce qui était devenu difficile ? Qu'est-ce que l'on supportait depuis longtemps ? Quelle émotion accompagnait réellement les larmes : la tristesse, la colère, la peur, l'impuissance, la solitude ?
Il n'est pas nécessaire de trouver immédiatement une réponse. Certaines choses demandent du temps avant de pouvoir être pensées et mises en mots.
Quand consulter ?
Il n'existe pas de fréquence « normale » des pleurs à partir de laquelle une consultation deviendrait nécessaire. Certaines personnes pleurent facilement, d'autres très rarement. Ce qui compte est moins le nombre de fois où l'on pleure que la souffrance que l'on éprouve.
Un premier rendez-vous chez son médecin peut être indiqué, surtout si l'envie de pleurer s'accompagne de fatigue, de troubles du sommeil ou d'autres changements physiques.
Lorsque l'envie de pleurer devient permanente, lorsque l'on ne se reconnaît plus ou que quelque chose semble avoir changé profondément dans notre manière de vivre, de travailler, de dormir ou d'être en relation avec les autres, il peut être utile (comme déjà mentionné dans un autre paragraphe) d'en parler à un psychiatre, un psychologue, un psychanalyste ou un psychopraticien.
Consulter ne signifie pas qu'il faille trouver une maladie ou poser un diagnostic. Cela peut simplement permettre de disposer d'un lieu où ce que l'on ressent peut être dit sans avoir besoin de le minimiser ni de l'expliquer immédiatement.
Une personne peut d'ailleurs commencer une consultation avec très peu de mots : « Je ne sais pas ce qui m'arrive. J'ai envie de pleurer tout le temps. »
C'est déjà quelque chose à entendre.
Si cette souffrance s'accompagne d'idées suicidaires, d'un sentiment de danger ou de la peur de pouvoir se faire du mal, il est important de rechercher rapidement une aide médicale ou de contacter les services d'urgence.
Quand la raison nous échappe
Nous aimerions souvent comprendre immédiatement ce qui nous arrive : trouver la cause, mettre un nom dessus et savoir comment faire pour que cela cesse. Mais notre vie psychique ne se laisse pas toujours comprendre aussi vite.
Parfois, les mots arrivent avant les larmes. Parfois, ce sont les larmes qui arrivent avant les mots.
Avoir envie de pleurer sans raison apparente peut simplement vouloir dire qu'à cet instant, quelque chose nous affecte sans que nous soyons encore en mesure de le nommer.
Et plutôt que de se demander uniquement comment ne plus pleurer, une autre question peut commencer à se poser : qu'est-ce qui, en moi, cherche aujourd'hui à être entendu ?
