Comment guérir des blessures émotionnelles de l'enfance ?
Mais alors, que signifie vraiment guérir ?
Peut-être faut-il se méfier de l’idée d’une guérison qui effacerait tout. Certaines expériences laissent des empreintes. Elles font partie de notre histoire et ne disparaissent pas simplement parce que nous avons compris d’où elles viennent. Et toutes les difficultés vécues dans l’enfance ne constituent pas nécessairement une « blessure » au sens clinique du terme.
En revanche, notre manière de les vivre peut profondément changer.
On peut apprendre à reconnaître ce qui se rejoue. À ne plus confondre le présent avec ce qui appartient au passé. À repérer ce qui déclenche une peur, une colère, un sentiment d’abandon ou d’inadéquation. Et, peu à peu, à ne plus y répondre de la même manière.
L’empreinte peut rester, mais elle n’a plus nécessairement le même pouvoir.
Guérir ne signifie donc pas nécessairement effacer les traces de ce qui nous est arrivé. Cela peut signifier pouvoir vivre avec elles autrement, avec davantage de liberté.
L’ARTICLE EN BREF
L'ARTICLE EN BREF
- L’empreinte du passé : certaines expériences relationnelles difficiles de l’enfance comme le rejet, l'abandon, l'humiliation, la trahison, l'injustice peuvent laisser des traces qui influencent encore, à l’âge adulte, la manière d’entrer en relation et de se percevoir. Elles ne déterminent jamais à elles seules une trajectoire de vie.
- Identifier pour se dégager : repérer les schémas qui se répètent est souvent une première étape pour ne plus subir ou mieux gérer des réactions émotionnelles qui semblent disproportionnées.
- Plusieurs voies thérapeutiques : le travail d’élaboration en psychothérapie et, lorsqu’il existe un vécu traumatique caractérisé, des approches spécifiques comme l’EMDR ou peuvent être proposées.
Qu’est-ce qu’une « blessure émotionnelle précoce » ?
L’expression désigne, de manière large, les traces psychiques que certaines expériences relationnelles difficiles peuvent laisser durant l’enfance. Ce n’est pas une catégorie diagnostique : c’est une formulation de sens commun, utile pour parler de certaines expériences, mais qu’il faut manier avec prudence.
Rejet, abandon, humiliation, négligence émotionnelle, instabilité familiale ou violences peuvent, selon les personnes et les contextes, influencer la manière dont une personne se construit, se perçoit et entre en relation.
L’enfance est une période importante du développement. Les premières relations participent notamment à la construction de la sécurité affective, de l’estime de soi et des représentations que l’on se fait des autres.
Mais il est important de distinguer un modèle de développement personnel d’une notion clinique.
Les cinq blessures ( rejet, abandon, humiliation, trahison et injustice) ont été popularisées par Lise Bourbeau, notamment dans Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même. Ce modèle est largement diffusé, mais il ne constitue pas une classification reconnue en psychologie ou en psychiatrie.
En consultation, ces notions peuvent servir de points de départ pour réfléchir à certaines expériences vécues, à condition de ne jamais réduire une personne à une « blessure ».
Cinq figures, non cinq catégories
Ce qui suit décrit des tendances relationnelles fréquemment rapportées en consultation. Il ne s’agit ni de profils ni de diagnostics : une même personne peut s’y reconnaître partiellement, ou pas du tout.
1. Autour de l’abandon : la sensibilité à la distance
Lorsqu’une personne a connu des expériences précoces de séparation, d’absence ou d’instabilité relationnelle, elle peut devenir particulièrement sensible aux signes de distance.
Un partenaire qui rentre tard. Un ami qui ne répond pas. Une relation qui semble changer.
Et parfois, une inquiétude importante apparaît : « Est-ce qu’il va rester ? »
Cette peur peut conduire à rechercher beaucoup de réassurance, à supporter difficilement la solitude ou à interpréter certaines distances comme les signes d’une rupture prochaine.
Cela ne signifie pas que toute anxiété relationnelle provienne d’un abandon précoce. Mais certaines expériences peuvent contribuer à fragiliser le rapport à la sécurité et à la séparation.
2. Autour du rejet : l’ajustement permanent
Certaines personnes rapportent avoir appris tôt que, pour être acceptées, il fallait se conformer.
On dit oui quand on voudrait dire non. On s’ajuste selon les interlocuteurs. Non par stratégie, mais parce qu’aucune autre manière d’être en lien n’a semblé possible.
Un sentiment de solitude peut persister, même entouré. Parce qu’on a rarement montré quelque chose de soi, et parce qu’une conviction s’est parfois installée : que ce qui est authentique serait inadéquat.
Cette adaptation continue peut avoir un coût, souvent sous-estimé.
3. Autour de l’injustice : l’exigence et la retenue
Une exigence perfectionniste peut s’installer, envers soi comme envers les autres. Tout devrait être juste, exact, à la hauteur. Quand ce n’est pas le cas, une irritabilité peut monter, ou une rancœur diffuse qui trouve difficilement à se dire.
Montrer sa vulnérabilité peut sembler risqué. Alors on tient, on contrôle, on se raidit.
Cette tension peut devenir coûteuse et, avec le temps, contribuer à une fatigue importante.
4. Autour de la trahison : le besoin de contrôle
Une promesse non tenue, un mensonge découvert dans l’enfance : la confiance peut en rester durablement affectée.
On vérifie. On s’engage rarement sans filet. On délègue difficilement. Ce contrôle a souvent pu avoir une fonction protectrice à un moment donné, mais il peut ensuite limiter la spontanéité et les relations.
5. Autour de l’humiliation : la honte et le corps
Un moment où l’on s’est senti exposé, regardé, jugé. Cela peut laisser une gêne durable à être vu.
Une crispation quand les regards se posent. Une tendance à occuper peu d’espace, y compris physiquement. Cette honte peut rendre difficile l’expression de ses besoins, puisque s’affirmer suppose de se montrer.
Alors on se tait, parfois longtemps.
D’où viennent ces empreintes ?
L’environnement familial
Les premières relations jouent un rôle important dans la construction de la sécurité affective.
Un parent physiquement présent mais émotionnellement indisponible, des critiques répétées, une instabilité familiale, une absence de reconnaissance des émotions ou des violences peuvent laisser des traces.
Mais une expérience difficile ne détermine jamais à elle seule le devenir d’une personne. Les autres relations, les ressources personnelles, le contexte de vie et les expériences ultérieures comptent également.
Le contexte social et scolaire
Après la famille, il y a le reste du monde. Moqueries, mise à l’écart, harcèlement ou disqualification peuvent également peser, surtout lorsque l’enfant ne trouve pas autour de lui suffisamment de soutien, de reconnaissance et de sécurité.
Les violences intrafamiliales
Les violences physiques, verbales, psychologiques ou sexuelles peuvent avoir des conséquences importantes sur la sécurité, l’estime de soi et les relations. Leur impact dépend notamment de leur nature, de leur durée, de l’âge auquel elles surviennent et du soutien dont l’enfant dispose.
Ces expériences peuvent parfois influencer les schémas relationnels à l’âge adulte, sans pour autant déterminer le devenir de la personne. La répétition n’est ni automatique, ni inévitable, ni universelle. Un travail d’élaboration peut aider à comprendre ce qui se répète et à ouvrir d’autres possibilités.
Prise en charge : peut-on vraiment guérir ?
Le travail thérapeutique ne vise pas à effacer ce qui a eu lieu, mais à modifier le rapport que l’on entretient avec ces traces. Il peut passer par plusieurs mouvements.
Comprendre les schémas qui se répètent. Repérer ce qui, dans une situation présente, réveille quelque chose d’ancien. Cette distinction peut déjà constituer un soulagement de mieux comprendre ce qui est vécu.
Un travail psychothérapeutique et relationnel. La relation thérapeutique offre un espace où certains mouvements peuvent se rejouer, se dire et se penser autrement.
Reconstruire l’estime de soi. Travailler sur les représentations que l’on a de soi-même, apprendre progressivement à se faire confiance et à reconnaître ses limites
Apaiser les réactions émotionnelles. Certaines approches visent plus directement l’intensité des réactions lorsque celles-ci envahissent le quotidien quand cela est possible.
Lorsqu’il existe un vécu traumatique
Lorsque les difficultés sont liées à un événement traumatique ou à des symptômes post-traumatiques, des approches thérapeutiques spécifiques peuvent être proposées, notamment l’EMDR et les thérapies cognitivo-comportementales centrées sur le trauma.
Le choix de l’approche dépend du tableau clinique, des ressources de la personne et du cadre de la prise en charge. Dans certaines situations, notamment lorsque les traumatismes sont complexes, une phase de stabilisation peut être nécessaire avant d’engager un travail direct sur les souvenirs traumatiques.
- L'empreinte du passé : certaines expériences difficiles de l’enfance peuvent laisser des traces et influencer, à l’âge adulte, la manière de se percevoir et d’entrer en relation.
- Identifier pour s'apaiser et/ou se comprendre : repérer les situations et les schémas qui se répètent peut aider à mieux comprendre ce qui se joue dans le présent.
Un premier entretien permet d’évaluer les difficultés rencontrées et de réfléchir à la manière dont elles peuvent être travaillées en thérapie.
Pour explorer plus loin
Si cet article résonne avec quelque chose dans sa propre histoire, des répétitions qu’on ne comprenait pas, une hypervigilance qui paralyse, une difficulté chronique à se faire confiance, explorer ces blessures en psychothérapie peut permettre de trouver du sens à ses difficultés et peu à peu de les traiter.
Mon cabinet se situe à Marseille (63 rue Paradis) et j’accueille en présentiel. Les téléconsultations restent possibles pour les personnes éloignées.
Mon approche intègre la psychanalyse, la sensorimotor therapy et, selon ce qui convient au tableau clinique, des techniques comme l’EMDR ou la méthode Havening.
