Pourquoi je sabote ce qui me fait du bien ? Le masochisme invisible qui nous ronge

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Quand le plaisir devient suspect

Il y a quelque chose d’étrangement familier dans ce réflexe qui pousse à tout gâcher au moment même où tout pourrait enfin aller bien. On décroche un poste rêvé, on rencontre quelqu’un de bien, on commence à se sentir apaisé… et soudain, on sabote tout. Comme si le bonheur déclenchait une alarme intérieure.

Peut-être que vous vous reconnaissez dans ce mécanisme et que vous ne savez pas ce qui vous pousse à vous saboter. Je vous invite à prendre conscience de ce phénomène par cet article qui vise à vous éclairer.

Autosabotage et masochisme moral

Les psychanalystes parlent ici d’un masochisme moral, une forme de jouissance paradoxale qui consiste à se punir pour survivre psychiquement. Aujourd’hui, les recherches en psychologie et en neurosciences affectives montrent aussi que ces comportements peuvent correspondre à des stratégies d’adaptation apprises très tôt, lorsque le système émotionnel s’est construit dans un environnement instable ou imprévisible.

On peut retrouver cette problématique chez des jeunes comme chez des adultes qui se mettent en permanence en échec. Par exemple, une personne consacre une année entière à la préparation d’un concours et lorsque le jour de l’épreuve arrive elle reste immobile chez elle car la peur la paralyse et elle abandonne son projet.

Cette autodestruction n’est pas une lubie. Elle est souvent la trace d’un conflit interne ancien, mais aussi d’apprentissages émotionnels profondément ancrés. Le sujet ne cherche pas la douleur pour elle-même mais la répétition d’une sensation connue, même si elle est toxique. C’est d’ailleurs ce que Freud appelait la compulsion de répétition, ce besoin irrépressible de revivre les mêmes scénarios, comme si la souffrance garantissait la continuité du moi.

Et vous, reconnaissez-vous certains de ces comportements ?

La compulsion de répétition ou l’art de tourner en rond

On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve disait Héraclite, mais beaucoup essaient quand même. Le sujet répète inlassablement les mêmes erreurs, les mêmes amours impossibles, les mêmes échecs professionnels. Non par bêtise mais par fidélité inconsciente à une douleur originelle, et parfois aussi parce que le cerveau humain privilégie spontanément le familier au nouveau, même lorsque ce familier fait souffrir.

L’échec comme répétition

Cette répétition a quelque chose de rassurant. Elle évite la confrontation avec l’inconnu. L’être humain préfère souvent le malheur qu’il connaît à un bonheur incertain. Il s’accroche à ses schémas mentaux comme à une bouée percée, persuadé que sans eux il sombrerait dans le vide intérieur. Ce phénomène peut également être compris comme une tentative du système nerveux de maintenir un équilibre émotionnel connu, même imparfait. C’est d’ailleurs ce que Winnicott appelait « la crainte de l’effondrement », ce moment où le moi sent qu’il pourrait se dissoudre s’il lâchait prise.

La répétition des échecs permanents

La compulsion agit donc comme un rituel de survie. Elle maintient en vie une identité fragilisée. André Green dans certains écrits montre que le sujet répète pour ne pas mourir psychiquement, quitte à se blesser encore. Le psychisme peut préférer la douleur à l’absence. Certaines répétitions sont des défenses contre le néant psychique, contre le vide. C’est une mécanique infernale où la douleur devient preuve d’existence  mais aussi parfois un état auquel le corps et l’esprit se sont habitués.

Le cercle vicieux du plaisir coupable

L’adulte aussi sabote ses réussites, choisit les mauvaises relations, s’épuise dans des emplois toxiques. Il peut rejouer inconsciemment le scénario de son enfance : celui où l’amour était conditionnel, où la douleur faisait lien, mais aussi reproduire des modèles relationnels appris très tôt dans son style d’attachement.

culpabilité de réussir

La répétition devient alors une stratégie d’attachement inversée. On reste fidèle à la souffrance parce qu’elle a été notre première compagne. On croit inconsciemment que la paix intérieure serait une trahison envers ce passé douloureux. C’est absurde mais terriblement humain.

Informez-vous

Ce sont des schémas mentaux appris dans l'enfance qui continuent d'agir. On a appris à agir d'une façon pour se protéger d'une souffrance. Ce qui a fonctionné dans le passé se répète dans le présent mais ne sont plus adaptés.

André Green parlait d’une « pulsion de destruction active ». Cette pulsion peut être comprise aujourd’hui non comme une fatalité, mais comme une tentative de régulation psychique lorsque la sécurité émotionnelle reste difficile à tolérer. Tant que la souffrance perdure, le lien symbolique avec l’objet perdu subsiste. Quand elle cesse, le vide revient. Alors on recommence… encore et encore.

On l’observe dans certains mécanismes psychologiques qui poussent des personnes à éviter d’aimer pour ne pas souffrir. De façon inconsciente, elles préfèrent être seules plutôt que de risquer l’abandon ou la perte. Elles en viennent alors à saboter leurs relations : le moindre prétexte devient une raison de se disputer, de partir ou de projeter leur colère sur leur partenaire. Le plus petit manquement de la part de leur compagnon ou compagne peut suffire à provoquer une rupture. 

Ces personnes ont le sentiment d’attirer toujours le même profil de partenaire ou de relation, comme si un scénario identique se répétait inlassablement dans leur vie affective. Elles ne réalisent pas qu’elles contribuent elles-mêmes, souvent de manière involontaire et inconsciente, à la mise en place de ces situations qui finissent par se ressembler. En effet, leur schéma implicite, construit au fil d’expériences passées marquées par la douleur ou la rupture, consiste à tout faire pour éviter de revivre la perte d’une relation importante. Ce fonctionnement intérieur, rarement remis en question car il semble aller de soi, les pousse à adopter des attitudes, des choix et des réactions qui, paradoxalement, les ramènent vers le même type de personne et vers le même genre de dynamique relationnelle, uniquement dans le but de se protéger de la souffrance liée à une nouvelle séparation.

Sortir du piège ou apprendre à aimer autrement

La sortie n’est jamais spectaculaire. Elle passe souvent par une rencontre : celle d’un thérapeute, d’un ami lucide ou d’un amour suffisamment solide pour supporter la répétition sans s’y perdre. Le travail thérapeutique consiste justement à mettre des mots sur ce qui se rejoue sans fin, mais aussi à créer progressivement de nouvelles expériences émotionnelles correctrices. La thérapie de la cohérence peut aider à comprendre l’écriture émotionnelle qui amène le sujet à avoir une bonne raison de répéter.

Le patient découvre alors que ce qu’il croyait être une fatalité est en fait une mémoire non digérée et un apprentissage devenu rigide. En reconnaissant la blessure, il cesse peu à peu de la rejouer. Il apprend que la sécurité ne réside pas dans la répétition mais dans la capacité à tolérer l’inédit.

C’est un apprentissage lent et souvent inconfortable. Mais c’est aussi la seule voie vers une liberté réelle : celle de pouvoir choisir le bien sans craindre qu’il soit puni. Car au fond, saboter ce qui nous fait du bien revient souvent à dire « je ne mérite pas d’aller mieux ». Et c’est précisément ce mensonge-là qu’il faut déconstruire, patiemment, pour que la vie cesse enfin de tourner en rond… ou presque.

Vous vous reconnaissez dans ces situations ?
​​​​​​​Parlons-en ensemble, je suis là pour vous accompagner.


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